Des bibliothécaires ont lu, écouté, regardé et apprécié (parfois beaucoup) les livres et les DVD qu'ils, qu'elles ont résumés ici pour vous faire partager leurs coups de coeurs.
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Le petit train
IMAGES B
Vincent Bourgeau
Autrement jeunesse, 2012
Un chien jaune avec un ballon attaché à la patte, une fillette et un gros éléphant voyagent à bord d'un petit train à vapeur. Mais depuis l'arrivée d'un zèbre dans leur wagon, d'étranges phénomènes se produisent. Il suffit de traverser des tunnels pour voir apparaître un éléphant rayé, un conducteur de loco à la face bicolore et des nuages bleus zébrés. Ce nouveau virus finit par contaminer tout le paysage. Ouf, on respire enfin quand on retrouve un espace vert! Encore un petit tour?
Vincent Bourgeau, avec un graphisme naïf et dépouillé, s'adresse aux tout-petits en les incitant à observer les différentes couleurs et formes qui apparaissent au fil des pages. Cet album illustré sous forme de randonnée et exempt de texte, (il fait partie de l'excellente collection Histoire sans paroles) offre à chacun la possibilité de développer son imaginaire en créant son propre récit. Et pour terminer, on se réjouit d'entendre un "encore" bienvenu!
A l'intérieur de ce livre au format aussi long qu'un TGV, une ligne noire sur fond blanc se détache, nous incitant à la suivre. Véritable fil conducteur, elle traverse d'imposants buildings et supporte un train vert en quête de passagers. Une fillette haute comme trois pommes grimpe à bord pour rejoindre sa grand-mère, «presque de l'autre côté du monde». Assise derrière la vitre, elle voit défiler les paysages urbains froids et déshumanisés, puis ceux, plus verdoyants et accueillants, de la campagne. Ce périple incite à la réflexion et aux confidences de cette bambine qui rêve de découvrir le monde et se réjouit de grandir pour comprendre mieux les choses des adultes...
Ce rail movie signé Germano Zullo et inspiré par un voyage au Japon, invite chacun-e à jouir de l'existence et à réaliser ses rêves. En filigrane, on peut y voir aussi une critique de notre société industrielle et de la pollution qu'elle engendre.
Les très belles illustrations en noir et blanc ou presque, dessinées au rotring par Albertine, oscillent entre un univers réel et fantasmé. On y croise des usines sordides qui crachent de la fumée noire, un joyeux méli-mélo de voitures pétaradantes, une décharge, une sorte de lézard perché sur une pierre et un animal inconnu à l'allure débonnaire et à la trompe molle qui regarde passer le train.
Amir, petit blondinet en culotte courte, est le héros de quatre albums regroupés dans un coffret. Petit tour d'horizon: Canards ou l'histoire de canetons, qui sous le regard attentif de leur mère, testent leur indépendance; Tracteur ou quand le rêve devient réalité et nous donne la possibilité de conduire l'engin tant fantasmé sous le regard d'un paysan amusé; Chatons ou les mésaventures de notre héros coincé avec deux chatons en haut de balles de paille. Et pour terminer, d'après une histoire vraie, et c'est aussi notre préférée: Mouche ou l'histoire d'Amir qui volait au plafond.
Ces différents récits fleurent bon la campagne et les tartines beurrées, et relatent la vie quotidienne des tout-petits: leurs fantasmes, leurs joies, leurs peines et leurs secrets. Tout cela, sous le regard bienveillant des adultes. Les illustrations, très expressives, sont un régal pour les yeux et répondent parfaitement au texte.
Un magnifique coffret, que les tout-petits se feront une joie de manipuler.
… Ou comment l'heure du coucher autour d'un livre, beau moment de complicité entre un parent et son enfant (ici de splendides dragons verts), peut virer au cauchemar pour ledit parent, épuisé de lire encore et encore la même histoire ! Le héros du livre lu (le livre dans le livre, donc !), un "jeunot rouge de colère", ne va jamais au lit. De quoi inspirer notre jeune dragon qui réclame sans fin cette histoire … Tout ceci finit dans une grosse colère dont le livre (dans le livre !) ne sortira pas indemne !
Emily Gravett n'a pas son pareil pour dessiner des personnages aussi craquants qu'expressifs… et son imagination débordante fait le reste !
"En ce temps-là, nous ne connaissions même pas son nom. La mort? Connais pas." Pas de dernière heure, d'obsolescence programmée, de rides, tout restait intact. "On ne souhaitait jamais à personne une bonne journée, car toutes les journées étaient bonnes." Jusqu'au jour où, un individu au teint cireux, un nuage noir au-dessus de la tête, trébuche, tombe et se blesse. C'est la mort! Dès lors, le malheur s'abat sur cette petite bourgade: un enfant décède. "Où est partie sa vie?" La question reste sans réponse. Se sentant coupable la grande Faucheuse déverse un torrent de larmes. Après l'enterrement, elle reprend sa route et nous sentons, pour la première fois au moment des adieux, nos joues humides. De son passage, elle a laissé la souffrance, la compassion et la consolation.
A travers ce récit philosophique et intimiste, Jürg Schubiger nous parle du rôle que joue la mort dans notre existence. A quoi ressemblerait-elle sans elle? La réponse est implacable: une vie sans fin se résume à une monotonie sans âme. C'est bien en acceptant cette dualité que notre existence prend tout son sens. Dès lors quand est-il des différents paradis décrits dans les religions? En sont-ils vraiment? Voici les questions passionnantes que soulève cet excellent album illustré avec beaucoup de sensibilité et de profondeur par Rotraut Susanne Berner, illustratrice notamment des livres des saisons.
Sans le A, la carotte fait crotte ; sans le B, le bœuf fait œuf ; sans le C, les crayons sont des rayons… Une seule lettre vous manque et tout est transformé ! Sous-titré L'anti-abécédaire, cet album tout en hauteur joue avec les mots et les met en scène et en images. Il réjouira les jeunes lecteurs qui commencent à déchiffrer… ainsi que leurs parents. Original et amusant !
Susie Truie et Simon Cochon sont voisins et vivent dans la forêt. Un jour, en rentrant dans leur chez-soi respectif, chacun le trouve squatté, l'un par Léone Oursonne, l'autre par Vincent Elan. Mais ceux-ci sont bien trop grands pour les maisons qui ne résistent pas à leur taille… Se retrouvant tous les quatre sans logis, ils décident alors de construire une grande et vraie maison pour tous, avec fenêtres et portes, escaliers et cheminées. Et pour ceci, ils font appel aux castors, constructeurs hors-pair comme chacun sait…
Un album savoureux, plein de bonne humeur, de joie et de convivialité ! La bonhommie des personnages et leurs bouilles sympathiques, la simplicité des rapports "humains" ainsi qu'une nature magnifique et intacte, évoquent un monde idéalisé qui n'est pas sans éveiller chez le lecteur un brin de nostalgie… L'histoire se termine autour d'un bon feu de cheminée puis dans un lit douillet où chacun de nos amis dormira du sommeil du juste.
"Dans sa maison, un grand cerf regardait par la fenêtre un lapin venir à lui, et frapper ainsi:
- Cerf, cerf, ouvre-moi! Ou le chasseur me tuera!
- Lapin, lapin, entre et viens me serre la main."
De retour à la fenêtre, le cerf aperçoit un renard affolé qui lui demande asile. Les trois disputent ensuite une partie de cartes et ne voient pas le chasseur approcher. Affamé, celui-ci leur demande l'hospitalité…
Jutta Bauer nous offre ici une très belle adaptation de Dans sa maison un grand cerf, une célèbre comptine française à chanter et à mimer. Les illustrations aux couleurs chatoyantes sont pleines de tendresses et d'humanités. La culotte bleue à fleurs du cerf est particulièrement bien portée. La peur des différents animaux est palpable, ce qui donne une tension bienvenue au récit. Et… gare à la chute, car elle est surprenante et jouissive!
Que peuvent bien avoir en commun un chien des villes et une grenouille des champs? (Pas grand-chose me direz-vous!) Et pourtant, l'amitié qui lie Sam et Pam est indédefectible. Au fil du temps et des saisons, leur relation s'intensifie, se bonifie, jusqu'au moment où Pam, fatiguée, suggère à son ami de jouer à se souvenir. L'hiver arrive, le rocher de sa compagne reste désert. Sam attend, le regard triste et l'âme en peine. Une saison passe, le printemps s'installe. La vie reprend son cours et l'absence fait place à une nouvelle rencontre pleine de promesse...
Un récit qui parle du temps qui passe, du cycle de la vie, et du côté très éphémère de notre passage sur terre. D'où l'importance de savourer le moment présent, de vivre pleinement, et de s'entourer d'êtres qui nous sont chers. Avec un texte qui va à l'essentiel, Mo Willems ne dit rien, il suggère, laissant le lecteur libre de son interprétation. Les illustrations à l'aquarelle de Jon J. Muth sont une réussite, tantôt drôles ou tristes, pleines d'humanité, elles parlent d'elles-mêmes. Un album à découvrir absolument!
Un gardien de zoo au look avant-gardiste nous invite à pénétrer dans son univers animalier magique et coloré, constitué d'un singe malin (et amateur de bananes), de girafe qui chatouille le ciel, de crocodile féroce (sans aucun doute!) et d'un serpent à la mine déconfite mais qui se targue d'être le plus long! L'heure de fermer vient de sonner, laissons-les dormir en paix!
Martine Perrin nous propose un animalier pop-up cartonné haut en couleur! Sur un fond noir et blanc qui plante le décor, surgissent entre les pages des têtes d'animaux. A chacun son look, à chacun sa nuance, toujours soigneusement choisie bien loin des tons pastels. En bonus: un voleur à rechercher! Un album plaisir, idéal à partager en lecture collective!
Hubert Ben Kemoun (texte), Bruno Heitz (illustrations)
Albin Michel jeunesse, 2012
Si pour vous, faire le marché est une corvée, allez donc jeter un coups d'oeil du côté de celui de Sidibel, (l'auteur Hubert Ben Kemoun a vu le jour à Sidi Bel Abbès) qui a lieu « tous les vendremanches du mois d'octembre ». Là, vous tomberez sous le charme de Benny Bibi, vendeur d'abrimousses, de pampricots et de mangarrons, fruits qui chantent a capella quand on les épluche. Tout ce qu'il vend est délicalicieux. Au stand suivant, on apprend que Gédéon le boucher « s'est badaboumé par terre avec son égaliseur de rondelles » et y a laissé l'auriculaire de sa main gauche qui, selon certains, aurait agrémenté un rôti farci aux prunelles. Plus loin, Emma Louloutte, décrocheuse d'étoiles, vous procure un petit chagrin d'amour, « un beau, qui dure un peu, mais pas toujours ». Mais ces marchands n'ont guère d'importance pour notre guide du marché, cet amoureux éconduit, qui n'a d'yeux que pour la perle de son coeur, la petite fleuriste Salima, celle pour qui il a tant d'amour qu'il lui en offre un grand bouquet.
Cet album original et à l'écriture surréaliste nous fait découvrir un monde enchanté et drolatique, savoureux et odorant. Les termes inventés vont titiller les neurones des amateurs de jeux de mots, surtout les enfants qui excellent généralement dans ce genre d'exercice! Les différentes typographies utilisées - lettres en gras ou de différentes tailles - incitent le lecteur à faire vivre le texte, en y mettant le bon ton pour une lecture à haute voix.
Les illustrations de Bruno Heitz, créées à partir de bois découpé, servent avec brio l'histoire en lui donnant un relief tout particulier
David Foenkinos (texte), Soledad Bravi (illustrations)
Albin Michel jeunesse, 2012
Shai Lin porte un drôle de prénom inventé par son père, qui signifie « Cadeau de la forêt ». Ce prénom lui va comme un gant: cette petite a un faible pour les arbres, et plus particulièrement pour le saule pleureur qu'elle trouve puissant, triste et terriblement romantique. Suite au licenciement de son père sa famille décide de quitter la ville pour s'installer à la campagne. Shai Lin pose donc une condition: trouver une maison avec un saule pleureur dans le jardin. Mission accomplie! Mais cet arbre aux branches tombantes surprend et dérange notre héroïne, car c'est un optimiste né qui voit la vie du bon côté et ne pleure jamais! Ces deux originaux vont quand même finir par se trouver des points communs et s'adopter.
Histoire originale, poétique et romantique mais pas triste, écrite avec beaucoup de sensibilité par David Foenkinos, auteur entre autres de La délicatesse, best-seller pour adultes, paru en 2009. En tandem pour la seconde fois, avec Soledad Bravi, illustratrice talentueuse à l'humour ravageur, Le saule pleureur de bonne humeur se lit avec plaisir, installé confortablement, le dos appuyé contre le tronc de son arbre préféré.
Otto, l'ours brun et héros d'un album jeunesse, savoure les moments où les enfants choisissent de lire sa propre histoire. Mais personne ne se doute de sa vie secrète… Pour égayer son quotidien et échapper à son destin, il explore sa demeure parcourt ses livres préférés ou se glisse dans la peau d'un écrivain! L'existence d'Otto se complique le jour ou sa famille déménage et l'oublie sous une étagère. Souffrant de solitude, notre héros affronte le monde extérieur en quête d'un nouveau refuge. Sa petite taille l'handicape sérieusement, et c'est après avoir essuyé plusieurs échecs qu'il découvre enfin un endroit accueillant: une bibliothèque. Otto y fait la connaissance d'un ours comme lui qui s'appelle Ernest, ainsi qu'une multitude d'autres personnages qui peuplent le monde des livres. Entouré par ces nouveaux amis notre héros reprend ses activités secrètes et du poil de la bête! Ce qu'il apprécie le plus dans sa nouvelle vie? Les lecteurs qui découvrent son histoire.
Scénario original pour ce récit intrigant qui oscille entre rêve et réalité. Grâce au talent de Katie Cleminson on apprécie immédiatement cet ours débrouillard, courageux et inventif. Les émotions sont palpables lorsqu'Otto passe totalement inaperçu, sorte de petit être déraciné et perdu au milieu de la foule immense. Et c'est après avoir lutté contre vents et marées que cet ours brun retrouvera toute sa dignité, un toit, une place et des amis. Ce qui l'autorisera à se glisser entre deux pages d'un livre et à poursuivre son histoire…
George, joyeux chien aux yeux bleus et aux oreilles tombantes, se trouve face à un grand dilemme: obéir à son jeune maître Harris et rester sage durant son absence ou succomber à ses pulsions animales. Ce qui signifie: engloutir un magnifique gâteau, courir après le chat et creuser des trous dans le parterre de fleurs. George essaie, mais n'y arrive pas. La tentation l'emporte sur la raison, et c'est penaud et légèrement honteux qu'il propose son jouet préféré: un canard en plastique jaune à Harris dans le but de se faire pardonner. Sans rancune, ils partent tous deux en promenade. Mais une fois dehors, les tentations restent omniprésentes: George arrivera-t-il à se maîtriser?
"Penser est facile. Agir est difficile. Ce n'est pas par la satisfaction du désir que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir. Nul homme n'est libre s'il ne sait se maîtriser." Cette phrase d'Epictète figure en avant-propos de cet album et le résume parfaitement. George n'a pas fini d'en débattre avec sa conscience, car, pour lui, renoncer à ses désirs est une étape encore trop difficile. Mais son cas n'est pas désespéré, puisqu'il en a conscience! Le suspense reste entier quand notre sympathique héros se retrouve devant une poubelle aussi alléchante que répugnante, y plongera-t-il ou pas? La fin ne le dit pas…
Chris Haughton, avec un graphisme personnel très avant-gardiste n'hésite pas à donner du relief à ses personnages, les rendant attachants et expressifs. Un récit bien ficelé mis au service d'une comédie philosophique drôle et bien enlevée!
Trois enfants en imperméable se promènent sous la pluie direction une place de jeu. Dans la gueule d’un dinosaure vert à ressorts, se trouve un sac noir abandonné. Nos trois explorateurs y découvrent des craies de couleur. Une des fillettes, dessine un soleil sur le macadam, qui se matérialise dans le ciel. Tour à tour, les enfants testent leur pouvoir d’artiste en herbe et font apparaître de magnifiques papillons, mais aussi un gigantesque dinosaure qui cherche à les dévorer. Et c’est dans un sursaut de lucidité, en crayonnant un nuage chargé de pluie, que le créateur du prédateur arrive à l’anéantir. Le monstre au contact de l'eau se dissout pour se transformer en une grosse flaque verte. Sur la place devenue déserte, un papillon volète, seul témoin de la scène.
Très bel album sans texte, réalisé de main de maitre par Bill Thomson, qui utilise un graphisme hyperréaliste mis au service d’une histoire qui oscille entre rêve et réalité. Les différentes expressions des personnages permettent de ressentir avec intensité les émotions qui les habitent, rendant les scènes vivantes et très crédibles. L’utilisation du format à l’italienne souligne avec brio le travail très abouti de cet auteur.
José Manuel Mateo Calderon et Javier Martinez Pedro
Rue du monde, 2011
A l'origine de cette histoire: un codex de 2 mètres de hauteur, dessiné sur du papier amate, par le mexicain Javier Martines Pedro reconnu pour être un des meilleurs artisans de l'art populaire mexicain. Les illustrations en noir et blanc de cet album extraites de cette grande fresque sont denses et foisonnantes, le monde végétal, humain et animal y est intimement mêlé. Seule tache de couleur, un ballon rouge, qui appartient au héros. Ce jeune garçon mexicain fils de modestes cultivateurs passe ses journées au grand air, à courir après les animaux en liberté ou à jouer à cache-cache avec sa sœur. Ce bonheur insouciant va se ternir lorsque certains villageois passent la frontière pour aller vers un ailleurs meilleur. Désormais femmes et enfants se retrouvent seuls à cultiver la terre. Poussée par la pauvreté, la mère de notre héros n'a plus le choix et décide de partir elle aussi accompagnée de ses deux enfants dans l'espoir de trouver du travail et revoir son époux.
Plusieurs lectures s'avèrent nécessaires pour apprécier à sa juste valeur cet album, tout à la fois très contemporain de par son thème, l'émigration, et teintée d'histoire par son graphisme à la technique de l'amate, art ancestral. On trouve à la fin du livre une explication sur l'immigration mexicaine, l'histoire du codex et les origines de l'amate.
La Fée Porcine, compagne de Molosse, se prépare à passer un concours de beauté. Grâce à son quota de voeux journaliers, elle reçoit une paire d'aiguilles à tricoter automatiques et une pelote de laine sans fin qui lui permettront de se fabriquer une nouvelle robe, une très belle robe. Après le départ de sa douce, Molosse s'ennuie: que va-t-il bien pouvoir faire? Il peste contre la Fée Porcine, qui aurait pu lui créer avec sa magie un truc intéressant, amusant et nouveau pour tromper son ennui. Par exemple, une piscine ou des montagnes russes. Non, à la place, il se trouve avec ces fichues aiguilles et cette laine tellement ennuyeuse. Même si tricoter a priori n'est pas son truc, Molosse s'y met... Et là, surprise! Il emballe tout ce qui l'entoure de ses créations laineuses, à l'image des performances de l'artiste Christo! Molosse poursuit son labeur à l'extérieur, assis sur un arbre, accompagné du chant des oiseaux. Une fois son oeuvre achevée, la pluie se met à tomber: la laine magique devient alors grise et elle rétrécit, rétrécit... Résigné, Molosse se console en pensant au troisième et dernier souhait à exaucer aujourd'hui. Un souhait que la Fée Porcine a malheureusement déjà utilisé pour devenir reine de beauté. Promis, demain, les trois nouveaux voeux seront tous pour Molosse!
C'est avec beaucoup de plaisir que nous retrouvons, après les Trois voeux de Molosse, les aventures pleines de fantaisies de ce chien aussi grincheux qu'attachant. Grâce à son crayonné remarquable, l'auteur traduit avec justesse et sensibilité les différents états d'âme de ses personnages. Parions que Molosse arriverait à dérider même le pit-bull le plus contrarié!
Sébastien Meschenmoser est un auteur allemand né à Frankfort en 1980. La couverture de molosse est son 5ème ouvrage pour la jeunesse. Il a été nommé pour le prestigieux prix allemand pour la littérature jeunesse en 2007. Il a reçu en 2008 le prix du pinceau d'argent à Amsterdam.
Quand ils en ont l'occasion, les illustrateurs mettent tout leur talent dans la création d'abécédaires artistiques. La preuve avec ce magnifique ouvrage signé Sébastien Orsini. Ses linogravures - technique de gravure en relief sur linoléum - nous font pénétrer dans un univers animalier, fantastique, fascinant, interpellant, parfois sombre et inquiétant : on tremble en face d'un jaguar aux yeux jaunes menaçants et l'on se rassure avec le kakatoès au port altier. La lettre Y n'est pas symbolisée par le yack comme dans la plupart des abécédaires, mais pas un yapock (petit mammifère marsupial aquatique vivant en Amérique du Sud). En revanche, à la dernière lettre de l'alphabet, on retrouve l'incontournable zèbre aux rayures si graphiques!
Il se dégage au fil des pages une atmosphère particulière, les couleurs soigneusement choisies y jouent un rôle important. Belle mise en scène. Ouvrage transgénérationnel qui émerveillera aussi bien les petits curieux de nature que les grands passionnés d'art.
Catherine Leblanc (texte), Roland Garrigue (illustrations)
P'tit Glénat, 2011
Pour pouvoir ratatiner les vampires, il s'agit déjà de les reconnaître. Par exemple, ils ont les yeux jaunes et les dents pointues, des ongles démesurés, leurs corps ne se reflètent pas dans les miroirs, ils marchent au plafond, dorment dans des cercueils, fuient la lumière du jour et se nourrissent de sang. Présentation faite, passons aux choses sérieuses! Pour se protéger de ces amateurs d'hémoglobine, rien de tel que le port de l' écharpe additionné d'un bon régime à base d'ail. Et pour s'en débarrasser une bonne dose de lumière du jour qui les fera exploser après trois minutes.
Les vampires sont à la mode, utilisés à toutes les sauces, pour le meilleur et pour le pire. Malgré tout, ils restent des créatures fascinantes. Partagé entre l'envie et la peur, l'enfant trouvera à travers cet album à coup sûr de l'intérêt. Les illustrations pleines pages sont drôles, dommage que le texte manque un peu de mordant.
Simon est un cochon magnifique, tranquille et heureux, qui passe ses journées dans une mare de boue grise, et grignote, quand il a faim, des branches de chêne et des racines. Il n'a qu'un seul souci mais pas des moindres : sa mère! Comme une idée fixe, elle veut absolument marier son fils. Simon lui n'a aucun intérêt pour la chose et se réjouit secrètement de vieillir pour qu'on lui fiche la paix. Désespérée par l'attitude de son rejeton, dame truie fait appel à Bouliba la marieuse. Sans tarder, cette dernière déboule chez Simon avec trois cochonnes, toutes plus laides les unes que les autres. C'est l'échec, notre héros retrouve le sourire. La trêve est brève: un nouveau rendez-vous est pris pour le lendemain avec trois nouvelles candidates, ce qui plonge Simon dans un abîme de solitude.
Mais cette fois-ci - ô surprise ! - son cœur chavire : il jette son dévolu sur une congénère récalcitrante au mariage et envoie le reste de l'assemblée se faire cuire un œuf.
Après les Quichon, une réjouissante saga familiale mettant en scène des cochons, on retrouve ici une nouvelle histoire porcine dessinée par une spécialiste de ce mammifère rose à la queue en tire-bouchon: Anaïs Vaugelade. Et c’est Agnès Desarthe, auteure bien connue en littérature jeunesse qui signe le texte.
S'émanciper ne va pas toujours de soi. C'est confortable d'habiter chez ses parents, même si parfois ils sont un peu envahissants avec leurs idéaux en matière d'éducation. Tracer sa propre route, loin des diktats d'une mère possessive et jalouse, voilà le défi que réalise Simon notre sympathique héros porcin. Bel et bon album, on peut juste regretté le choix un peu convenu du héros qui décide de convoler avec une jolie porcine, une fois de plus les laides n'ont pas la cote, et c'est dommage...
Deux animaux entrent en scène: un petit âne un peu geek et un singe malin à grosse tête. Assis, face à face, l'un avec son portable, l'autre avec un livre. Comme personnage secondaire : une souris qui joue à cache-cache sous le chapeau du singe. Le décor est planté, l'histoire peut commencer : un dialogue de sourds se noue entre nos deux héros. L'âne ne comprend pas ce que fait son vis-à-vis avec cette chose ("c'est une livre") dans les mains. Agacé par ces questions et sans cesse interrompu dans sa lecture, le singe ne cesse de lui répéter que cet objet s'appelle un livre. Intrigué, l'âne le lui pique et découvre un monde visiblement encore inconnu pour lui : l'univers des livres. Une porte s'ouvre, mais l'histoire ne nous dit pas si l'âne deviendra plus malin…
Une version cartonnée pour tous petits vient de voir le jour, avec, cette fois-ci, nos deux héros en couche-culotte pour une nouvelle prise de tête. Petit âne aimerait bien savoir à quoi sert ce truc, si ça se machouille, si ça sert de chapeau, etc. "Non ça se lit, c'est un livre petit âne", lui répond le singe.
C'est un livre s'est vendu à plus de 10'000 exemplaires en quatre mois en France, et 120'000 aux Etat-Unis. Il a reçu de nombreuses récompenses, dont le prix Caldecott (honore l'artiste qui a crée l'album pour enfants le plus remarquable de l'année) décernés par l'association des bibliothécaires américains. Lane Smith, auteur illustrateur américain aux talents multiples, nous livre ici un manifeste pour la lecture et le monde des livres, en opposition aux nouvelles technologies qui apparaissent comme futiles et un brin inutiles. Les avancées technologiques nous rendent-elles plus intelligent? N'avons-nous pas tendance à oublier l'essentiel? Voilà quelques pistes passionnantes qu'abordent cet album et qui donneront à réfléchir. Le graphisme souligne avec beaucoup d'intelligence le propos de l'auteur qui, j'en suis certaine, ne laissera personne indifférent.
"Bienvenue ! Les derniers arrivés prennent la queue ici. En rang sur une file et dans l'ordre, s'il vous plaît !"
Numéro 50: la grenouille, numéro 49: le lézard, numéro 48: la souris, ainsi de suite jusqu'au numéro 1 occupé par le plus gros de tous.
Sous l'œil attentif de leur guide l'oiseau, les animaux font la queue par ordre de grandeur. Le raton laveur et le renard font un concours de saut, le mouton a peur, la hyène amuse le bébé kangourou, le panda propose de jouer à Marabout. Enfin l'oiseau remercie tout le monde d'avoir patienté et ordonne aux passagers d'avancer et, surtout, de rester bien en file.
"Attention au départ ! Accrochez-vous ! Aaaah iiiiii ohhhhhh ! Et maintenant, on plonge SPLASH ! Et voilà vous êtes arrivés, attention à la marche en descendant".
C'était si bien que ça valait la peine d'attendre si longtemps. C'était si bien, qu'on a envie de lire à nouveau cet album de l'auteure japonaise Tomoko Ohmura.
Une frise de poésie et d'humour pour sourire, se laisser surprendre et… éclabousser
Après Batman et Superman, voici Wonder Woman, la plus connue des super-héroïnes du monde des comics ! Dans le troisième opus de cette collection, écrit et illustré par Ralph Cosentino, on découvre notamment les origines de cette « femme merveilleuse » modelée dans l'argile par Hippolyte, la reine des amazones. Baptisée Diana à sa « naissance », cette créature de rêve, qui possède la sagesse d'Athéna, la force d'Hercule, la vélocité de Mercure et la beauté d'Aphrodite, prend ensuite le nom de Wonder Woman. Avec ses super-pouvoirs et sa panoplie magique (bracelets, ceinture et lasso), elle lutte contre le mal et met des bâtons dans les roues d'Arès, le dieu de la guerre et de la destruction.
Personnage créé par le psychologue William Moulton Marston, Wonder Woman fait office de pionnière dans l’univers des comics américains des années 1940 (Sa première apparition dans le magazine All Star Comics date de 1941). En plus, cette super-nana ne se contente pas d'être sexy et jolie, elle est aussi une héroïne forte, courageuse, et qui s'engage politiquement pour combattre, entre autres, les forces nazies. Belle mais pas cruche, elle deviendra même la porte-parole d’une association féminine.
S'identifier à pareille héroïne plaira certainement aux lectrices en herbe. Belle initiative que de permettre aux enfants d'aujourd'hui de faire connaissance avec ces super-héros qui ont marqué toute une époque et qui résistent plutôt bien au temps qui passe… Si le graphisme de Ralph Cosentino nous a une nouvelle fois conquis, on reste cependant un peu frustré par ses présentations de personnages qui ne sont pas mises au service d'une réelle histoire.